Décompte : à trois jours du Edgy

by Marie-Chantal Scholl

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L’artiste interdisciplinaire Coral Short amènera ses spectacles Uniporn et Hungry sur les planches du Eastern Block dans le cadre du Edgy Women, samedi prochain, le 14 mars.

Aujourd’hui à 36 ans, cette performeuse à l’humour caustique, a fait voyager sa dissidence sur plus de trois continents. Dans un esprit de solidarité, elle plonge au sein des communautés queer pour en examiner le cœur, et extirpe de cette réalité la matière qui l’inspirera. Son art occupe entre autre les espaces publics (on pense notamment à son « sexy » car wash sur la rue Crescent lors de la Formule 1), et s’articule autour d’actions de groupe direct et in situ. Elle est également vidéaste et artiste sonore, et tutti quanti.

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Coral.
Short.
Deux mots qui sont aussi deux adjectifs, comme me l’a fait remarquer l’artiste. Ils ne veulent rien dire, sauf que ses parents étaient des hippies, dit-elle.
C’est un parfait nom d’artiste, ‘trouvez pas ?

(APARTÉ)
(Il m’arrive quelque chose de bien étrange depuis que j’ai vu son nom dans la programmation Edgy. Chaque jour, et plusieurs fois par jour, celui-ci me résonne entre les oreilles. Sa musicalité s’est incrustée dans mes replis de cortex. Quelque chose à avoir avec le contraste entre le C dur de Coral, et le SH doux de Short; entre le L qui font s’embrasser langue et palais, et dont l’élan infini se transmute en douceur vers le SHHHH. Le tout s’arrête sur un T tel un mur sur lequel vient se heurter par inadvertance le L, qui sans cela glisserait sans fin. Se répondant naturellement sur les lèvres, le A du premier mot et le O du second bouclent le tout en harmonie. C’est ainsi que son nom est devenu un cantique chanté par un moine velu à l’accent greco-turque très prononcé, qui, de sa voix grave et brutale, crie sans cesse « Kôrrraal Shorrrrt !!!! » dans ma tête.)

Un corail est aussi un ovaire de crustacé d’un rouge éclatant.

PIS(S) ?
Quoi qu’il en soit, j’ai eu L’EXTRAORDINAIRE (ayoye) chance de participer à une performance de cette artiste samedi dernier, le 7 mars, aux côtés de plusieurs des interprètes qui feront partie de son spectacle Hungry.

Ouais, c’était MA PREMIÈRE PERFORMANCE À VIE (ayoye) ! Et je ne pouvais rêver d’une meilleure initiation qu’un rite impliquant mon méat urinaire.

Nous sommes allés dans le parc Lafontaine, et nous avons procédé à une miction collective à travers une douzaine d’entonnoirs entubés. Placés en formation circulaire, dos-à-dos, nous nous sommes soulagés sur un canevas de neige fondante.

C’était jouissif. imgp0897jpgqr7

En vue de ma participation à cette action, j’ai passé quelques heures en compagnie de Short et de ses amis.

J’ai été le témoin privilégié d’une amitié complice et attentionnée qui unit ces personnes s’identifiant comme queer, et revendiquant le droit à la liberté et à la désobéissance. J’ai pu constater que la participation collective et inclusive fait partie intégrante de la démarche de Coral, qui fait fréquemment appel à des non artistes pour jouer dans ses performances. Les membres du groupe étaient diversifiés, d’origines et de parcours divers, d’orientations et d’identités sexuelles hétérogènes. Une collectivité d’individualités.

La notion de collaboration est fondamentale. L’artiste met à contribution les idées et observations de tous ces participants pour la réalisation du projet. Nous étions constamment consultés, systématiquement inclus. Coral est accueillante. Elle est attentive, d’une grande écoute et très comique en plus. Un pole attractif.

This is the way I interact with the world: collectively and collaboratively. I listen to incorporate their ideas so they are a part of my work. In my recent work, I organize people into statuesque group installations. I appreciate the inherent beauty of all human shapes as well as the breadth of our interpersonal relationships. My work bridges the gap between nightlife and fine art. I harness the collective imagination of my community and serve it up on a glittering platter for all.

Le résultat était peut-être esthétique ou peut-être pas, mais je ne crois pas que cela ait été important. En réalisant des actions de désobéissance civile comme celle-ci (ou comme une joute de tennis de bord en bord de la rivière Thames, à Londres, par exemple), Short organise une réappropriation de l’espace public par des gens qui, en principe, en sont exclus, ou dont l’existence à tout le moins est refusée par l’establishment.

Si Machiavel affirme qu’il faut diviser pour régner, la résistance à ce règne passe peut-être par son contraire, la multiplication et l’addition des volontés résistantes.

Pied de nez et doigt d’honneur.

HUNGRY FOR UNIPORN

Short nous concocte donc pour samedi un programme double : Uniporn, à 21h45 (surprise qui n’était pas annoncée dans le programme) et Hungry, qui sera sur scène à minuit.

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Dans Uniporn, elle crée une installation vivante avec un groupe de 10 performeurs amateurs, qui se mouvront et interagiront, célébrant avec kitschitude “beauty, androgyny, group intimacy and familiarity and trust within my queer family / community”.

l_18e210b97445422d9c57ed90be9fe6a6Hungry, c’est une meute de 30 loups se répandant et s’entremêlant sensuellement sur un lit, mi-bêtes et mi-humains. Ils ont faim. Faim de quoi, ai-je demandé à Coral?

Hungry for intimacy. Hungry for sweetness, kindness. In our society intimacy is something that is restricted. I believe we are animal-like in nature and can be nourished and grow from being intimate with each other. Intimacy is healing, joyful and empowering. It is a gift I give to my performers. I only work with people I know. My performers trust me and each other, which is a beautiful thing.

Short veut (ré)inventer une mythologie queer, où le loup symbolise un mélange d’intuition et d’action, ainsi qu’un pouvoir de transformation sur les choses. La prédation n’est pas représentée comme une violence, mais plutôt un désir de l’autre, un magnétisme. Le loup est un animal fondamentalement social. Il a besoin des autres. Il est indissociable de la communauté qui est cruciale pour sa survie.

L’artiste tente de dépeindre dans Hungry un idéal social :

… I believe that this piece celebrates the dynamics of a healthy loving queer community that is gentle, kind and affectionate with each other. A small version of a queer utopia where everyone is good to each other and we exist together in unity as a strong healthy functional family.

C’est en effet un idéal, car dans les communautés queer (une multiplicité dans la multiplicité, n’est-ce pas ?) comme dans toute communauté, ou plutôt en marge de celles-ci, il existe des loups solitaires. Les humains ne sont pas tous des loups de meute. Aurait-on raison de penser que plus une communauté est resserrée, plus il est difficile pour un étranger asocial de la pénétrer ? J’aurais tendance à le croire. Cependant, Coral m’a démontré tout le contraire.

Prochain épisode sur Pinkie Special et Miss Saturn. And much much more.

Marie-Chantal Scholl

N.B. : Ce blog fut écrit sous l’influence d’un mal de tête, de l’album Customized Warfare de Mumakil, d’herbes médicinales, de lait de soya et de thon en can, alouette.

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